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MaTiaoli, Tai Chi & Qi Gong

MaTiaoli, Tai Chi & Qi Gong

Infos & actu sur les arts énergétiques chinois

Le changement au corps. La métaphore du Tai Chi de Vincent BEJA

Le Tai Chi Chuan en exemple

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Je ne me suis convaincu que progressivement que le Tai Chi Chuan était un chemin de transformation de soi et je ne me suis rendu compte que tardivement que cette transformation était d’abord de nature mentale ou psychique. Bien qu’immédiatement attiré et fasciné par la non dualité et par le taoïsme imprégnant cette approche martiale spécifique, je n’ai pu d’abord envisager le Tai Chi que comme une pratique permettant de se déstresser, de s’assouplir et de se fortifier physiquement…

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En tant qu’art martial, cependant, le Tai Chi repose sur la réalisation de l’union avec l’adversaire. Cela se met en œuvre au moyen d’un contact étroit et sans opposition avec lui où, grâce à l’absence de peur et à la solidité de nos appuis, toutes nos réactions instinctives vont pouvoir se déployer spontanément dans la rencontre.

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On notera la proximité de cette approche avec le déploiement spontané du self dans le contact de la Gestalt thérapie. Il faut aussi souligner l’importance ici du système de soutien…

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Concrètement la présence est complète, la respiration profonde. Au dessus de la taille, le haut du corps du pratiquant est souple tandis qu’au dessous il est solide. Les pieds sont profondément enracinés dans le sol, le regard et les mains sont vifs. Rien n’est saisi, aucune pensée n’est attrapée ni ruminée par le mental ; les mains sont douces et ne se durcissent qu’à l’instant de la frappe. L’intention de frapper elle-même, si elle va directe, utilise l’impulsion de tout le corps et le rebond qui lui est donné par le sol pour se propager librement au travers des articulations jusque vers les points de frappe, en un seul acte. Un tel homme est un maître et il dispose de pouvoirs peu ordinaires dont ses partenaires peuvent témoigner. Pour de nombreux chinois, cela est accepté comme une banalité. Pour moi, il m’a fallu le vérifier pour le croire.

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Obtenir ce niveau exige un travail assidu, intensif et persévérant. Ce travail lui-même ne peut être fait mécaniquement : il exige de s’observer et de s’impliquer correctement dans la manière même d’engager l’entraînement. La manière de travailler, l’état d’esprit au sein de la pratique, évolue et se précise avec le temps. Les deux piliers de l’entraînement sont la forme lente et la poussée des mains.

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La forme lente est un enchaînement solo de mouvements dont l’exécution complète peut nécessiter jusqu’à 50 minutes. Chacun la pratique selon son niveau propre mais tout pratiquant sérieux s’y livre régulièrement et avec concentration. D’expérience, mais les maîtres le disent aussi, la compréhension naît graduellement de la pratique. A mesure qu’on s’approprie le mouvement, on en comprend le sens et on en partage l’intentionnalité ; se dévoile ainsi le chemin à venir par la prise de conscience des points d’étude à approfondir. Les grands guides directeurs sont la détente, une respiration aisée et quelques principes posturaux. On commence à installer la détente et la douceur dans les mains. Après un temps variable, qui dure parfois des années, cette détente s’approfondit, s’installe et se propage en amont, jusque dans le diaphragme. Parallèlement le corps se met à peser sur ses appuis. Les hanches s’ouvrent, le coccyx rentre, le sacrum tombe, libérant là encore la respiration, tonifiant les muscles internes du bassin et de la colonne et détendant les muscles superficiels. A ce niveau de pratique, le corps a retrouvé l’essentiel de ses appuis et lignes de force naturels. Les postures sont « pleines ». Le mental est devenu plus docile et plus calme. Un travail de nature plus « spirituel » au sens indiqué plus haut se déploie de plus en plus clairement.

Par ailleurs la pratique de la forme s’effectue avec des « visualisations sensitives » du schéma corporel, « visualisations » que chacun développe sur la base des images et des dictons traditionnels ; elles orientent la perception et guident le mouvement mais aussi et peut-être surtout, elles mobilisent le mental de manière créative et globale et permettent ainsi d’atténuer la perception de la séparation entre soi et non soi. Par exemple faire la forme avec les « mains comme des nuages », « en caressant l’air avec les mains », « ou se mouvoir comme si l’air était de l’eau » ou encore « avec la sensation d’être suspendu au ciel par le sommet du crâne » ou encore « en se concentrant sur la descente du poids dans le sol », « en remplaçant les bras et les mains par le dos » etc. Ces images deviennent progressivement des habitudes mentales, des repères et façonnent des chemins intérieurs. On voit ainsi se dessiner une poétique – au sens fort du mot – du geste martial qui fait du pratiquant un artiste.

La poussée des mains est une pratique à deux. Il y a bien des techniques mais le fond du travail consiste à développer une capacité à sentir le partenaire au travers des points de contact, à trouver le centre de son équilibre, tout en masquant le sien propre. Ceci s’obtient – entre autres – par l’ouverture articulaire en particulier des épaules, des coudes et des poignets, en évitant toutes les raideurs qui conduiraient inévitablement le partenaire à être en position d’atteindre notre propre centre. Passés les nombreux aspect techniques, le travail avec un maître consiste alors principalement à être en sa présence, à subir sa poussée, à être déséquilibré, surpris, parfois projeté ou bousculé, tandis qu’il rit malicieusement de vous voir incapable de saisir ou de comprendre quand et où vous aviez pourtant l’avantage… Au fur et à mesure la sensibilité se développe. Vous devenez capable de sentir son contrôle sans plus vous perdre. Vous vous surprenez même parfois et lui avec vous. Vous êtes moins crispé sur le fait de perdre ou de réussir et vous commencez à déployer vos capacités instinctives… Votre maître est un homme tout à fait ordinaire et vous le vénérez…

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